RGPH-3 : sauver l’opération, c’est sauver la vérité du pays - Tribune citoyenne — Alerte n°2
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RGPH-3 : sauver l’opération, c’est sauver la vérité du pays - Tribune citoyenne — Alerte n°2

Par Djoret Tedang Biaka 01 Jul 2026

« Un recensement ne se pilote pas à distance. Il se protège, il se contrôle, il se sauve — ensemble. »

Le 25 juin, j’appelais chaque Tchadienne et chaque Tchadien à se faire compter et à contrôler le recensement, parce qu’un peuple mal compté est un peuple mal servi. Une semaine plus tard, je reprends la plume, non pour instruire un procès, mais pour accomplir un devoir de vigilance : les faits, y compris ceux reconnus officiellement, confirment que le RGPH-3 traverse une zone de turbulence. Il est encore temps de le sauver.

C’est cela, le patriotisme statistique : aimer son pays au point de vouloir pour lui des chiffres vrais.

Ce que les faits disent

Les signaux d’inquiétude étaient là dès la phase préparatoire : une opacité persistante autour de l’opération, la détention arbitraire, pendant plusieurs mois, d’un haut cadre de l’INSEED — le chef de division des statistiques démographiques —, des contestations lors du recrutement et de la formation des agents, des retards dans la mise à disposition des kits.

Depuis le lancement du dénombrement le 20 juin, la puissance publique a elle-même posé le diagnostic. Réunie le 26 juin sous la présidence du ministre d’État de tutelle, la Commission nationale de la population a reconnu des difficultés logistiques — manque d’imprimantes, de cartes SIM, effectifs insuffisants dans certaines zones — et décidé de prolonger le dénombrement jusqu’au 21 juillet, au lieu du 10 juillet initialement prévu. Puis, une dizaine de jours après le début des opérations, un arrêté conjoint (n°093/MFBEPCI/MATD/2026) a créé un Comité ad hoc de veille chargé des plaintes relatives à la cartographie et aux limites territoriales.

Prenons ces décisions pour ce qu’elles sont : des aveux lucides et des corrections en marche. Ce n’est pas une honte de le reconnaître. Ce qui serait une faute, c’est de s’arrêter au milieu du gué.

Le signal qui interroge, enfin, est celui des priorités. Pendant que la plus grande opération statistique de la décennie exige un pilotage quotidien, l’agenda de la tutelle est largement mobilisé par des missions à l’extérieur du pays. Un pays peut mener sa diplomatie de l’eau et, en même temps, mettre toute l’énergie de l’État au chevet de son recensement.

Le RGPH-3 engagera le Tchad pour dix ans : il mérite, pendant ces trois semaines décisives, d’être la priorité des priorités.

Quatre décisions urgentes pour réussir la fin de l’opération

1. Élargir le Comité ad hoc en Cellule nationale de sauvegarde du RGPH-3.
L’arrêté n°093 limite le mandat du Comité aux plaintes de cartographie et de limites territoriales (article 1er), alors que les difficultés reconnues par la CNP elle-même sont d’abord logistiques et humaines : imprimantes, cartes SIM, effectifs. Il faut élargir son mandat — cartographie, zones oubliées, logistique, paiements, contrôle qualité — et sa composition, en y associant les statisticiens chevronnés, les autorités traditionnelles, les élus locaux, la société civile et les partenaires techniques. Un dispositif de crise n’est fort que s’il voit tout et entend tout le monde.

2. Lancer immédiatement l’opération « Zéro ménage oublié ».
Les onze jours gagnés par la prolongation ne doivent pas servir à rattraper le calendrier sur le papier, mais à rattraper les ménages sur le terrain. Priorité absolue aux villages reculés, ferricks, campements, zones nomades, zones de déplacés, zones frontalières et quartiers urbains périphériques mal couverts. Mot d’ordre : aucun ménage oublié, aucun territoire effacé, aucune communauté rendue invisible.

3. Faire du 1227 un véritable outil de correction, adossé au Comité.
Chaque appel au 1227 doit recevoir un numéro de suivi, être localisé, transmis à une équipe de vérification et clôturé publiquement. Le registre quotidien devrait faire l’objet d’un point public hebdomadaire, et le rapport de synthèse final être publié intégralement. Signaler une anomalie n’est pas un acte d’opposition : c’est un acte de patriotisme statistique.

4. Organiser le contrôle citoyen et annoncer dès maintenant une enquête post-censitaire indépendante.
La société civile de chaque localité doit être mobilisée, non suspectée : elle peut repérer les omissions, documenter les zones oubliées et rassurer les populations. L’enquête post-censitaire est une recommandation standard des Nations unies pour tout recensement. L’annoncer dès maintenant, avec des garanties d’indépendance, serait le plus fort signal de confiance que l’État puisse adresser au peuple et aux partenaires.

Un sauvetage qui nous engage tous

Le Tchad n’a pas besoin de chiffres décoratifs. Il a besoin de chiffres vrais : ceux qui diront où construire les écoles, où planifier les centres de santé, où amener l’eau et l’électricité, comment soutenir nos paysans et nos éleveurs.

Sauver le RGPH-3, ce n’est pas sauver une administration.
C’est sauver la capacité du pays à se gouverner sur la base du réel.

Ce sauvetage doit nous engager tous — gouvernants, techniciens, chefs traditionnels, société civile, citoyens, opposition politique — sans distinction d’appartenance politique, de sensibilité géographique, religieuse ou ethnique. Aux autorités, je dis : les corrections que vous avez engagées prouvent que vous savez entendre ; allez au bout. Aux agents recenseurs, je redis : votre signature, c’est la vérité du pays. Et à chaque Tchadienne et chaque Tchadien : faites-vous compter, contrôlez, signalez. Appelez le 1227.

« Parce que le Tchad réel doit enfin entrer dans les chiffres officiels. »

 

Biaka Tedang Djoret

Ingénieur Statisticien Économiste

Auteur de : SANS ARMES, de la statistique à la lutte citoyenne, chronique d’un engagement

contact@djoret-biakatedang.com — www.djoret-biakatedang.com

1er juillet 2026

Djoret Biaka Tedang

Djoret Biaka Tedang

Auteur et analyste politique

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